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Le Bol d'Or : histoire de la plus grande fête moto de France

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Camille Bernard

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Chaque mois de septembre, le Circuit Paul Ricard se transforme en ville éphémère. Des dizaines de milliers de spectateurs campent autour du tracé, les stands tournent sans interruption pendant vingt-quatre heures, et une poignée d’équipes se disputent une victoire qui pèse dans l’histoire du sport moto français depuis plus d’un siècle. Le Bol d’Or n’est pas qu’une course : c’est l’une des institutions les plus anciennes du sport mécanique en France.

Une création signée Eugène Mauve, en 1922

La première édition du Bol d’Or est organisée en 1922 par Eugène Mauve, sur un tracé en terre battue près de Paris. À l’origine, l’épreuve mêle motos et automobiles, dans un format déjà pensé pour tester l’endurance mécanique plutôt que la seule vitesse pure. Il faudra attendre le milieu du siècle pour que la course devienne exclusivement réservée aux deux-roues, format sous lequel elle s’est imposée dans la mémoire collective des passionnés.

Pendant les premières décennies, l’épreuve migre entre plusieurs circuits, notamment Linas-Montlhéry et Saint-Germain-en-Laye, avant de connaître les changements de tracé qui rythmeront toute son histoire.

Un format qui a beaucoup évolué

À ses débuts, le Bol d’Or se course en solitaire : un seul pilote, seul sur la machine, pendant toute la durée de l’épreuve. Le format évolue en 1954 pour passer à deux pilotes se relayant, une évolution logique à mesure que les vitesses et les contraintes physiques augmentent. Il faudra attendre la fin des années 1970 pour que la course adopte le format à trois pilotes, toujours en vigueur aujourd’hui, une évolution motivée avant tout par la sécurité.

Le tracé, lui aussi, a beaucoup bougé. De 1971 à 1977, l’épreuve se dispute sur le circuit Bugatti du Mans. En 1978, elle s’installe au Castellet, sur le Circuit Paul Ricard, où elle reste jusqu’en 1999. Elle migre ensuite à Magny-Cours pendant une quinzaine d’années, avant de revenir définitivement à Paul Ricard depuis 2015. Depuis 2016, la course se dispute en septembre, calant son calendrier sur celui du championnat du monde d’endurance.

Une pièce maîtresse du championnat du monde d’endurance

Le Bol d’Or fait partie intégrante du FIM Endurance World Championship (EWC), aux côtés des 24 Heures du Mans et des 8 Heures de Suzuka. Contrairement à un Grand Prix classique, l’épreuve d’endurance ne récompense pas seulement la performance pure d’un pilote sur un tour : elle sanctionne la fiabilité mécanique, la qualité de la stratégie de ravitaillement et la capacité d’une équipe entière, pilotes et mécaniciens confondus, à tenir la distance sans la moindre erreur.

Suzuki domine l’histoire récente de l’épreuve avec 21 victoires depuis 1980, devant Honda qui en compte 17. Côté pilotes, le record individuel appartient à Gustave Lefèvre, avec sept victoires à son palmarès, une marque posée à une époque où la course se courait encore selon des formats très différents de celui d’aujourd’hui.

2025 : un scénario à suspense jusqu’à la dernière minute

L’édition 2025, la 88e, a offert l’un de ces scénarios qui font la légende de l’endurance. Le Yoshimura SERT Motul, sur Suzuki, s’est imposé sur les 728 tours du tracé de 5,81 km, signant sa 21e victoire au Castellet et sa troisième consécutive. Mais la vraie bascule s’est jouée ailleurs : le team YART Yamaha, portant le numéro 7, a décroché le titre de champion du monde EWC après l’abandon de son principal rival, le BMW numéro 37, victime d’une casse moteur à seulement 25 minutes du drapeau à damier. Un deuxième titre mondial en deux ans pour la structure autrichienne, décroché dans les conditions les plus tendues possibles.

Cette issue résume bien ce qui rend le Bol d’Or différent d’une course sur un tour : le classement final ne se joue jamais avant les derniers instants, et une saison entière peut basculer sur un incident mécanique survenu à quelques minutes de l’arrivée.

2026 : la 89e édition à Paul Ricard

La saison 2026 du championnat du monde d’endurance conduit à nouveau les équipes au Castellet pour la 89e édition du Bol d’Or, à la mi-septembre. Comme chaque année, l’épreuve devrait rassembler les habituées du plateau EWC, Suzuki, Yamaha, Honda, Kawasaki et BMW, dans un scénario où la régularité comptera autant que la vitesse de pointe.

Pourquoi le Bol d’Or reste un rendez-vous à part

Au-delà du classement sportif, le Bol d’Or conserve une dimension populaire rare dans le sport moto français. Le public campe sur place, suit la course de nuit depuis les tribunes ou le paddock, et vit l’épreuve comme un événement collectif plutôt que comme une simple compétition. Cette ferveur, entretenue depuis plus d’un siècle, explique pourquoi l’épreuve reste, aux côtés du Mans, l’un des deux rendez-vous d’endurance les plus suivis en France, loin devant son équivalent japonais des 8 Heures de Suzuka en termes de notoriété locale.

Rouler en amateur d’endurance, suivre un stand la nuit ou simplement assister une fois à un relais de pilotes en pleine nuit au Castellet, c’est comprendre pourquoi cette course a traversé un siècle sans perdre son public.


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À propos de Camille Bernard

Passionnée de deux-roues et de mécanique, Camille a découvert l'univers moto sur circuit avant de se tourner vers le journalisme spécialisé. Elle suit particulièrement l'actualité des constructeurs, les nouveautés équipement et les évolutions réglementaires. Son approche se veut accessible, précise et orientée vers les besoins des motards du quotidien.

« Rouler mieux, c'est aussi mieux s'informer. »