Début 2026, Luciano Benavides a remporté le Dakar sur sa KTM 450 Rally avec seulement deux secondes d’avance, la marge la plus courte jamais enregistrée dans l’histoire de l’épreuve en catégorie moto. Un scénario digne d’un film, né d’une erreur de navigation de l’Américain Ricky Brabec à sept kilomètres de l’arrivée. Ce dénouement resserre encore un peu plus le fil qui relie le Dakar d’aujourd’hui à ses origines : une course née, elle aussi, d’une erreur de navigation dans le désert.
Un pilote perdu qui invente une course
L’histoire commence en 1977. Thierry Sabine, motard et aventurier français, participe au rallye Abidjan-Nice. Lors d’une étape en Libye, il se perd dans le désert et ne doit sa survie qu’à un sauvetage in extremis. Plutôt que de garder cette expérience comme un mauvais souvenir, Sabine y voit l’ébauche d’une idée : créer une course capable de faire vivre à d’autres cette confrontation brute avec le désert, mais organisée, chronométrée, et ouverte à tous.
Le premier Paris-Dakar prend le départ le 26 décembre 1978, place du Trocadéro à Paris, avec 182 véhicules engagés, motos et autos confondues. Après plus de 10 000 kilomètres à travers l’Afrique, seuls 74 concurrents atteignent Dakar le 14 janvier 1979. Le tout premier vainqueur en moto s’appelle Cyril Neveu, à peine 20 ans, sur une Yamaha 500 XT. Le ton est donné : cette course ne récompensera pas seulement la vitesse, mais la capacité à durer.
Trente ans d’Afrique, puis un exil forcé
Pendant trois décennies, le Paris-Dakar sillonne le continent africain, traversant le Sahara, le Mali, le Niger, la Mauritanie ou le Sénégal selon les éditions. L’épreuve construit sa légende sur ces terrains, entre dunes infranchissables, pannes mécaniques et bivouacs improvisés en plein désert.
L’édition 2008 est annulée à la dernière minute, l’organisateur ASO invoquant des menaces terroristes en Mauritanie. Ce coup d’arrêt marque un tournant : dès 2009, le rallye change de continent et s’installe en Amérique du Sud. Argentine, Chili, Pérou, Bolivie et brièvement le Paraguay accueillent l’épreuve jusqu’en 2018, avec des paysages tout aussi exigeants, entre haute altitude andine et dunes atacamiennes.
En 2019, nouvelle rupture : ASO annonce que le Dakar 2020 se courra en Arabie saoudite, dans le cadre d’un accord initialement prévu sur cinq ans. Depuis, l’épreuve n’a plus quitté la péninsule arabique, où les organisateurs disposent d’un territoire suffisamment vaste et varié pour renouveler les parcours chaque année.
Les légendes qui ont façonné la catégorie moto
Le palmarès moto du Dakar est dominé par quelques noms qui reviennent sans cesse. Cyril Despres, quintuple vainqueur dans les années 2000 et 2010, et l’Espagnol Marc Coma, également sacré à cinq reprises, ont incarné l’âge d’or de la rivalité KTM face à ses concurrents directs. Plus récemment, la fratrie Benavides a marqué l’épreuve à sa manière : Kevin Benavides s’impose en 2021 puis en 2023, devenant le premier Argentin à triompher au général moto, avant que son frère Luciano ne décroche sa première victoire lors de l’édition 2026.
Côté constructeurs, KTM écrase la concurrence depuis le début des années 2000, avec plus d’une vingtaine de titres cumulés grâce à sa filière Rally, aujourd’hui incarnée par la 450 Rally. Cette domination a longtemps réduit le suspense sur l’issue de la catégorie moto, avant que Honda, avec son programme Monster Energy Honda et des pilotes comme Ricky Brabec, ne vienne rebattre les cartes depuis la fin des années 2010.
Un format qui n’a jamais vraiment changé
Ce qui frappe, en observant le Dakar sur près de cinquante ans, c’est la constance de son principe fondateur : relier un point A à un point B à travers un territoire hostile, en s’appuyant sur la navigation autant que sur la vitesse pure. Les concurrents modernes utilisent des tablettes de navigation numériques plutôt que des cartes papier, mais l’exercice reste le même, se repérer dans un environnement qui ne pardonne pas l’erreur.
C’est précisément cette dimension qui a offert à l’édition 2026 son dénouement le plus resserré de l’histoire de l’épreuve. Une erreur de navigation à quelques kilomètres de l’arrivée, et c’est tout un classement qui bascule. Aucune autre discipline moto ne repose à ce point sur un mélange d’endurance physique, de fiabilité mécanique et de justesse dans la lecture du terrain.
Pourquoi le Dakar fascine toujours
Le Dakar a changé trois fois de continent, traversé des crises politiques, survécu à des accidents tragiques et à des polémiques sur son parcours. Il reste pourtant, aux yeux de la plupart des motards, la référence absolue du rallye-raid, devant toutes les épreuves nationales ou régionales qui s’en inspirent. Sa difficulté, sa durée, souvent deux semaines de course quasi continue, et son exigence de fiabilité mécanique en font un test que peu d’autres compétitions motorisées imposent à ce niveau.
Pour les constructeurs, gagner le Dakar reste un argument commercial de poids, en particulier sur les segments trail et aventure où l’image d’endurance et de fiabilité pèse directement sur les ventes. Pour les pilotes, c’est souvent la course d’une carrière entière, celle qui définit un palmarès bien plus qu’un titre de champion du monde d’enduro ou de rallye classique.
À propos de Camille Bernard
Passionnée de deux-roues et de mécanique, Camille a découvert l'univers moto sur circuit avant de se tourner vers le journalisme spécialisé. Elle suit particulièrement l'actualité des constructeurs, les nouveautés équipement et les évolutions réglementaires. Son approche se veut accessible, précise et orientée vers les besoins des motards du quotidien.
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