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Protections moto CE1 ou CE2 : comprendre les normes EN 1621 et bien choisir

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Camille Bernard

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Sur l’étiquette cousue à l’intérieur d’un blouson, ou sur la boîte d’une dorsale, un petit logo CE accompagné d’un chiffre passe souvent inaperçu. Il mérite pourtant plus d’attention que le design de la protection elle-même : c’est lui qui certifie, ou non, qu’un équipement a été testé selon un protocole précis et qu’il tient ses promesses en cas de chute.

Ce que veut dire “norme CE” pour une protection moto

Toute protection moto vendue en Europe (dorsale, genouillère, coudière, épaulière, gilet) est un équipement de protection individuelle (EPI) de catégorie II. Pour porter le marquage CE, elle doit être testée selon la norme européenne EN 1621, qui se décline en deux volets :

  • EN 1621-1 : protections des membres (épaules, coudes, hanches, genoux).
  • EN 1621-2 : protections dorsales, nettement plus exigeante car elle protège la colonne vertébrale.

Chacune de ces normes définit deux niveaux de performance, notés Niveau 1 et Niveau 2 (souvent appelés CE1 et CE2 dans le langage courant des motards et des vendeurs).

Comment le test est réalisé

Le principe est le même pour les deux normes : un impacteur tombe sur la protection avec une énergie d’impact fixée à 50 joules, reproduisant approximativement le choc d’une chute à vitesse modérée sur une surface dure. Des capteurs mesurent la force transmise à travers la protection jusqu’à l’enclume qui simule le corps. Plus cette force résiduelle est faible, meilleure est la protection.

Le test est répété à plusieurs températures (-10°C à +40°C environ) et après un vieillissement accéléré, pour vérifier que la protection conserve ses performances été comme hiver, neuve ou après plusieurs saisons d’usage.

Les seuils qui font la différence

Pour les protections de membres (EN 1621-1) :

NiveauForce moyenne transmisePic autorisé
Niveau 1 (CE1)≤ 35 kN50 kN
Niveau 2 (CE2)≤ 20 kN35 kN

Pour les dorsales (EN 1621-2), les seuils sont environ deux fois plus stricts, la colonne vertébrale étant une zone bien plus vulnérable qu’un coude ou un genou :

NiveauForce moyenne transmisePic autorisé
Niveau 1 (CE1)≤ 18 kN24 kN
Niveau 2 (CE2)≤ 9 kN12 kN

Concrètement, une dorsale CE2 absorbe environ deux fois plus d’énergie qu’une dorsale CE1 pour un même choc. Ce n’est pas un détail marketing : c’est la différence entre une force résiduelle qui reste tolérable pour le corps humain et une force qui peut causer une lésion, notamment vertébrale.

Pourquoi toutes les protections ne sont pas en CE2

Si le CE2 protège mieux, on pourrait se demander pourquoi le CE1 existe encore sur le marché. La réponse tient en un mot : le compromis.

Pour atteindre le niveau CE2, une protection doit absorber davantage d’énergie, ce qui implique généralement plus de matière, une structure plus rigide ou plus épaisse. Les fabricants comme Alpinestars, Dainese ou Forcefield ont fait d’importants progrès avec des mousses viscoélastiques et des structures alvéolaires qui permettent d’atteindre le CE2 sans sacrifier tout le confort, mais l’écart de souplesse et d’encombrement avec une protection CE1 reste réel, en particulier sur les dorsales.

Les protections intégrées aux blousons d’entrée de gamme sont souvent des CE1, voire des mousses non certifiées sur les modèles les moins chers, à réserver à un usage urbain occasionnel plutôt qu’à la route ou au circuit.

Comment lire une étiquette sans se tromper

Sur l’étiquette, cherchez la mention exacte : “EN 1621-1:2012, Niveau 1” ou “EN 1621-2:2014, Niveau 2” par exemple. Quelques pièges à éviter :

  • Une protection peut afficher “CE” sans préciser le niveau : dans le doute, c’est généralement du Niveau 1.
  • Les mousses de confort intégrées dans certains blousons bas de gamme n’ont parfois aucune certification EN 1621 : elles amortissent le choc contre le tissu, pas contre l’impact.
  • Le niveau de certification concerne la protection elle-même, pas le vêtement qui l’accueille : un blouson peut être excellent en abrasion et loger une protection CE1 seulement, ou l’inverse.

Quel niveau choisir selon son usage

Trajets urbains et balades occasionnelles : une protection CE1 aux coudes et épaules reste un minimum raisonnable, à condition qu’elle soit bien certifiée EN 1621-1. Pour le dos, viser au moins un CE1, idéalement un CE2 si le budget le permet.

Route régulière, trajets longue distance, tout temps : le CE2 s’impose progressivement comme la référence, en particulier pour la dorsale. L’écart de confort avec le CE1 s’est beaucoup réduit ces dernières années, ce qui ne justifie plus vraiment de s’en priver.

Circuit et sportif : le CE2 est quasiment un prérequis, pour les membres comme pour le dos. De nombreux clubs et écoles de pilotage l’exigent d’ailleurs pour accéder à la piste.

Pour aller plus loin sur le choix concret d’une dorsale ou d’un gilet airbag, ou sur les genouillères et coudières, notre guide complet des protections dorsale et airbag et notre comparatif genouillères et coudières détaillent les modèles et les critères de choix pratiques.

Et les gilets airbag dans tout ça ?

Les gilets et blousons à airbag (mécaniques ou électroniques) suivent une logique différente : ils ne sont pas évalués selon l’EN 1621 mais selon la norme EN 1621-4, propre aux systèmes de protection gonflables. Un airbag bien déclenché offre une protection largement supérieure à n’importe quelle dorsale passive, CE2 comprise, mais uniquement s’il se déclenche à temps. C’est un complément, pas un substitut : beaucoup de motards équipés d’un airbag portent encore une dorsale CE1 ou CE2 en dessous, notamment sur circuit.

L’essentiel à retenir

Le sigle CE ne suffit pas à juger une protection : c’est le niveau, 1 ou 2, associé à la bonne norme (EN 1621-1 pour les membres, EN 1621-2 pour le dos) qui indique le véritable niveau de sécurité. Sur le dos en particulier, l’écart entre CE1 et CE2 se traduit par une force transmise divisée par deux, un argument qui pèse lourd au moment de choisir entre deux blousons ou deux dorsales à prix proche.

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À propos de Camille Bernard

Passionnée de deux-roues et de mécanique, Camille a découvert l'univers moto sur circuit avant de se tourner vers le journalisme spécialisé. Elle suit particulièrement l'actualité des constructeurs, les nouveautés équipement et les évolutions réglementaires. Son approche se veut accessible, précise et orientée vers les besoins des motards du quotidien.

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