Depuis le passage à l’heure d’hiver, dans la nuit du 24 au 25 octobre, la nuit tombe une heure plus tôt sur le trajet du soir. Pour un motard qui roule toute l’année, c’est le moment de vérifier un point qu’on oublie vite : l’éclairage. Une moto n’a pas les mêmes obligations qu’une voiture, les ampoules LED vendues partout ne sont pas toutes légales, et un feu grillé peut coûter une amende comme une contre-visite au contrôle technique.
La règle propre aux deux-roues : feux allumés de jour
C’est la grande différence avec l’automobile. L’article R416-17 du Code de la route impose aux motocyclettes et aux cyclomoteurs de circuler de jour avec leurs feux de croisement ou leurs feux de circulation diurne allumés. Le texte a été élargi aux feux diurnes en 2018, ce qui couvre les motos récentes équipées de bandeaux LED de jour.
La règle s’applique partout, en ville comme sur route, par grand soleil comme par temps couvert. Rouler feux éteints en plein après-midi est une contravention de 2e classe, avec une amende forfaitaire de 35 €.
Pour l’automobiliste, c’est l’inverse : il n’a aucune obligation d’allumer ses feux de jour par bonne visibilité. Ce décalage explique pourquoi une moto feux allumés reste plus repérable dans un flot de voitures.
La nuit et par mauvaise visibilité
L’article R416-4 vaut pour tous les véhicules : la nuit, ou le jour quand la visibilité est insuffisante, le conducteur doit utiliser les feux dont son véhicule est équipé. Il y a une exception en agglomération : une voiture peut rouler en feux de position sur une voie bien éclairée. Cette exception ne s’applique pas aux motos, qui gardent les feux de croisement en toutes circonstances.
Ne pas respecter R416-4 est une contravention de 4e classe : 135 € d’amende forfaitaire, ramenés à 90 € si vous payez dans les quinze jours, sans retrait de points.
| Situation | Feux exigés à moto | Infraction | Amende forfaitaire |
|---|---|---|---|
| Jour, bonne visibilité | Croisement ou feux diurnes | R416-17, 2e classe | 35 € |
| Nuit, en ou hors agglomération | Croisement (route si personne en face) | R416-4, 4e classe | 135 € (90 € minorée) |
| Pluie, brouillard, neige | Croisement, antibrouillard avant toléré | R416-4, 4e classe | 135 € (90 € minorée) |
| Équipement non homologué ou mal monté | Retour à un dispositif conforme | R313-1, 3e classe | 68 € |
Les feux de route s’utilisent hors agglomération, quand personne n’arrive en face et qu’on ne suit personne de près. Il faut repasser en croisement dès qu’on croise ou qu’on rattrape un autre usager. À moto, le réflexe est d’autant plus important que le phare, plus haut que celui d’une citadine, éblouit facilement.
Ce que la moto doit avoir sur elle
L’article R313-1 pose le principe : un véhicule ne peut porter que les dispositifs d’éclairage et de signalisation prévus par le Code, montés selon ses prescriptions. Concrètement, une moto homologuée pour la route doit avoir un éclairage avant complet (feu de route, feu de croisement, feu de position), un feu rouge arrière, un feu stop, un éclairage de plaque, un catadioptre arrière et des clignotants sur les modèles récents. Tous doivent fonctionner.
Les couleurs ne se discutent pas : blanc ou jaune sélectif à l’avant, rouge à l’arrière, orange pour les indicateurs de direction. Les ampoules bleutées, les LED de couleur sous le réservoir ou les feux arrière fumés jusqu’à l’illisible font partie des modifications les plus souvent verbalisées.
Toute infraction à R313-1 est une contravention de 3e classe, soit 68 € d’amende forfaitaire. L’immobilisation de la moto est aussi possible. La plaque d’immatriculation, qui doit rester lisible et éclairée la nuit, est l’autre cible classique des contrôles.
Ampoules LED : la question qui revient sans arrêt
Remplacer une ampoule halogène H4 ou H7 par une LED « plug and play » est tentant : la lumière est plus blanche, la consommation plus faible, la durée de vie plus longue. Mais la plupart des kits vendus en ligne ne sont pas homologués pour la route. Les monter dans un phare prévu pour l’halogène rend l’éclairage non conforme, même si la moto éclaire mieux en apparence.
Une LED de remplacement n’est légale que si elle porte une homologation (marquage E, souvent selon les règlements ONU R37 ou R128) et si elle est autorisée pour votre modèle précis. C’est ce que font les fabricants qui ont joué le jeu. OSRAM, par exemple, publie pour sa gamme Night Breaker LED une liste de compatibilité moto pour la France. Elle associe chaque modèle et millésime au numéro d’homologation du phare. Si votre moto n’y figure pas, l’ampoule n’est pas autorisée sur votre machine, même si elle se monte sans effort.
Pour les kits xénon adaptés sur un phare halogène, la réponse est plus simple : ils sont non conformes. Ils éblouissent fortement en face, car le réflecteur n’est pas conçu pour cette source lumineuse.
Pensez aussi à l’électricité. Une LED consomme moins qu’une halogène, mais certains boîtiers électroniques interprètent cette baisse comme une ampoule grillée, d’où des voyants d’alerte ou des clignotements anormaux. Sur une moto peu roulée l’hiver, une batterie en bonne santé reste le premier gage d’un éclairage stable.
Phares additionnels et feux d’intersection
Les antibrouillards et longues portées additionnels, très répandus sur les trails, sont autorisés s’ils sont homologués et montés selon les règles. Les feux de brouillard avant se réservent au brouillard, à la neige et à la forte pluie. Les allumer par temps clair, ou utiliser des projecteurs non homologués comme feux de route, tombe sous R313-1 ou R416-4 selon les cas.
Les feux d’intersection et d’angle d’origine, comme les Adaptive Cornering Lights de BMW Motorrad sur les F 900 R et F 900 XR, ne posent pas de problème : ils font partie de l’homologation de la moto. Le risque concerne surtout les accessoires génériques achetés sans marquage E, montés sur un trail pour le look baroudeur.
Le contrôle technique ne pardonne pas
Depuis la mise en place du contrôle technique pour les deux-roues motorisés, l’éclairage fait partie des points vérifiés à chaque passage. Comme pour les voitures, un feu qui ne fonctionne pas, un phare mal fixé ou un feu de croisement mal orienté peut entraîner une défaillance majeure, donc une contre-visite. Une ampoule non homologuée peut être relevée de la même manière. Notre guide du contrôle technique moto détaille le calendrier et le déroulement.
Le réglage du phare est le défaut le plus courant et le plus facile à éviter. Sur la plupart des motos, une vis ou une molette sous l’optique permet de corriger la hauteur. Faites le réglage sur sol plat, pneus à la bonne pression et pilote en selle. Un faisceau trop haut éblouit les autres, un faisceau trop bas vous prive d’une bonne partie de votre portée.
La vérification de deux minutes avant de partir
Avant un trajet de nuit, faites le tour de la moto : croisement, route, position, clignotants des deux côtés, feu stop actionné au levier puis à la pédale, éclairage de plaque. Un passage au garage devant une porte ou un mur suffit pour vérifier la hauteur du faisceau. C’est aussi le bon moment pour nettoyer l’optique et le feu arrière, que la boue de l’hiver ternit vite.
La loi ne demande pas grand-chose de plus que des feux d’origine qui fonctionnent. Pour être vu, le reste se joue sur la tenue : une veste claire ou des bandes rétroréfléchissantes complètent l’éclairage. Le gilet haute visibilité, lui, doit être à bord, comme le rappelle notre point sur l’équipement obligatoire à moto.
Sources : Code de la route (articles R313-1, R416-4 et R416-17, Légifrance), réponse ministérielle publiée à l’Assemblée nationale (2018), liste de compatibilité moto OSRAM Night Breaker LED France.
À propos de Lucas Morel
Journaliste moto indépendant et passionné depuis l'adolescence. Titulaire du permis A depuis 2014, Lucas a roulé sur une dizaine de machines différentes, du roadster à la sportive. Amateur de voyages à moto et d'équipement technique, il teste régulièrement casques, intercoms, pneus et accessoires. Sa ligne éditoriale privilégie les essais terrain, les comparatifs détaillés et les conseils pratiques pour aider les motards à faire les bons choix.
« Plus qu'un équipement, une moto est une façon de vivre. »